Le Mépris

Cette histoire commence en juillet 2025 quand nous apprenons que le square Guiu doit être rasé. Nous l’apprenons par le biais du journal de quartier Russan Terre de Rouvières et par une lanceuse d’alerte du quartier. Pas par les entités responsables du projet (Agglo et Mairie) qui auraient dû, vu l’impact sur le quartier Croix de Fer, informer les riverains et les usagers de ce square extrêmement fréquenté et donc affectionné.
Un seul mot préside à cette attitude: Mépris. Du Citoyen. De la Nature – quand elle nous veut du bien. Le premier, celui que l’on doit respecter car il vous a installé dans votre mandat ou votre fonction en vous apportant sa confiance. La seconde, celle que l’on doit respecter car elle nous procure un bienfait que l’on ne connaît pas tant qu’il ne nous est pas enlevé, même quand on est un citadin car oui, cette Nature est encore présente dans nos cités.
Au nom de quoi ? De la lutte contre les inondations, et c’est la Nature – quand elle nous veut du mal. Ne vous méprenez pas, oui, il est absolument nécessaire de lutter contre ces événements qui illustrent quotidiennement l’actualité et qui hantent les souvenirs de beaucoup de Nîmois.

Mais comment ? Les responsables du désastre annoncé se sentent investis de tout pouvoir grâce à cette formule magique: PAPI3. Il suffit de prononcer cet abracadabra pour lancer les bulldozers, ceux qui défoncent aveuglément les sols et ceux, immatériels, qui pilotent les plans et les projets sur un mode purement technicien, quand le volet citoyen et sociétal n’est plus qu’une variable d’ajustement. Oui, de tels projets doivent être conduits par des ingénieurs et réalisés avec des moyens lourds et industriels ! Non, exclure l’impact sociétal et humain procède d’une vision archaïque et ringarde de la gestion des gros projets tels que PAPI3.
Ne parlons pas de la faute de goût, lorsque l’ingénieure responsable du projet explique avec délectation que les troncs des arbres abattus, tronçonnés en rondelles, seront transformés en pas japonais, pavant un nouveau square que l’on pourrait confondre avec le catalogue de chez Truffaut. La Nature “urbaine” dont nous profitons sans le savoir, avec ces arbres sous lesquels nous allons sans les voir, vaut mille fois plus que ces massifs floraux si décoratifs et ces jeunes arbres amenés à remplacer des sujets adultes, en bonne santé, en pleine force de l’âge, constituant le tiers supérieur du square, promis à la tronçonneuse. Pourquoi ? Pour laisser passer les voitures à travers le square pendant quelques semaines, le temps du chantier ! Pour laisser manoeuvrer les engins de chantier surdimensionnés (60 tonnes, 20 mètres de haut) qui doivent creuser un fossé ensuite bétonné de quelques mètres de profondeur en lisière de square.

Foreuse – 60 tonnes

Pourquoi cette grosse machine ? Pour des raisons techniques que vous ne pouvez comprendre, simples citoyens, d’ailleurs inutile alors de vous les expliquer. Oui, le sol serait de la roche, creuser avec un marteau piqueur à l’ancienne coûterait bien trop cher. Tiens, mais comment Grdf a-t-il pu creuser, avec très peu de moyens et en peu de temps, une tranchée à quelques mètres de là, dans un terrain pas du tout rocheux ? Circulez, bonnes gens…

Une tranchée facile à creuser
Une tranchée pourtant facile à creuser

Non ! La totalité du square ne sera pas rasée, deux ou trois micocouliers plus que centenaires, au centre du square, seront épargnés. L’obligation de moyens est annoncée mais que penser des effets du passage de la machine de 60 tonnes sur le système racinaire et de ses 20 mètres de hauteur sur la ramure de ces arbres ? Le tiers inférieur du square est sacrifié pour le raccordement des cadereaux au tunnel, le tiers central, arbres âgés, survivra, avec dommages inévitables, faut-il maintenant sacrifier le tiers supérieur,

Ces arbres seront rasés au mois de mars

majoritairement constitué d’acacias faux-robinier en pleine force de l’âge ? Et ceci pour une peanut économie comparée au budget total de l’opération PAPI3 ? Oui, Mépris est le maître mot, plus encore après la production d’une étude proposant un plan de circulation alterné pendant la durée du chantier. Cette étude est celle qui aurait dû être faite par la maîtrise d’ouvrage si elle avait respecté les règles de l’art en matière de gestion de projets. Un tel plan de circulation, appliqué, aurait évité la destruction de la moitié des arbres subsistant sur le square. Il aurait fallu une volonté politique! Elle est accessible ici:

Etude plan de circulation

https://squareguiu.org/non-au-passage-des-voitures-dans-le-square-guiu/

A un mois de l’échéance fatale, existe-t-il encore des conditions pour bloquer le processus ? L’enjeu n’est pas celui de quantités de tonnes de carbone, mais celui de la sauvegarde des aménités urbaines, sous quelle ombre irons-nous lors des canicules annoncées, dans quel décor familier irons-nous lire sur un banc ou faire une partie de pétanque ?

Auteurs: Association « Sauvons le square Guiu » https://squareguiu.org/